
Les zones littorales, où vivent 60% de la population mondiale, comprennent des écosystèmes vitaux comme les mangroves, aujourd’hui menacées par des pressions anthropiques et climatiques. La mangrove constitue un type de forêt unique présente dans les zones tropicales. Les arbres de la mangrove ont la capacité à se développer dans des sols boueux, souvent submergés par les marées et possèdent des racines aériennes leur permettant de respirer. Ces forêts sont riches en biodiversité, contribuent à capter le CO2, aident à filtrer les eaux et protègent les côtes contre l’érosion.
Cet article examine les effets de la création en 2016 de l’Aire Communautaire de Conservation de la Biodiversité (ACCB) la Bouche du Roy, couvrant 9 678 hectares et abritant 17 villages. Cette vaste étendue de mangrove représente à 9 814 habitants de pratiquer la pêche. Les auteurs de la présente étude ont collecté des données par images satellitaires, relevés GPS et enquêtes de terrain, analysant la dynamique de l’occupation des terres sur 20 ans pour comprendre comment l’ACCB a influencé la taille de la mangrove.
Les résultats de cette recherche novatrice et très riche en informations révèlent que la superficie couverte par les mangroves entre 2000 et 2010 a diminué de 32% alors que les champs et jachères ont presque doublé pendant la même période, passant de 579,8 hectares à 1116,54 hectares. Mais après la création de l’ACCB, on note une tendance inverse. De fait, la superficie des mangroves a augmenté de 29% et celle des mosaïques de champs et jachères a diminué de 7,92% entre 2010 et 2020.
Cette étude montre également que la réduction dans la taille des forêts n’est pas irréversible. Pour les auteurs, les gains en superficie de mangroves sont notamment attribuables à la création de l’ACCB, au mode de gestion participatif adopté et au recours des croyances spirituelles des populations environnantes. En effet, une superficie approximative de 503 hectares de mangroves de l’ACCB a été sacralisée. Ce système de gestion de la biodiversité contribue aujourd’hui à contrôler les activités anthropiques et constitue une véritable stratégie de conservation des zones écosystémiques. Un reportage de l’ONG Eco-Benin, qui a développé cette approche, explique que la sacralisation consiste à délimiter des espaces dans une cérémonie rituelle pour les placer sous la protection de divinités existantes. Selon l’ONG, les populations locales ont respecté l’interdit de coupe de bois et aucune infraction n’a été constatée depuis la sacralisation du site en 2015. En somme, les nouvelles forêts sacrées puisent leur existence dans les valeurs traditionnelles des populations riveraines, favorisant ainsi la préservation des écosystèmes menacés.
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